mardi 13 avril 2010

Ode à un cri


Chartrand le téméraire
le verbe à l'air, à l'aise
libre comme le vent
quand il décorne les boeufs

Chartrand le tonnerre de braise
La tonne de brique dans la mare à connard
le conducteur à bon sens
le déconstructeur de la bêtise

Chartrand le chantre
le ventre du petit
de la femme
du sans pain
du sans bannière
du monsieur et de la madame qui peinent et qui se font lancer des roches pareil

Chartrand le tendre le dur
pour les têtes folles et molles
le cri collectif du ras le bol
du bol que l'on remplit sans le boire
sans le sentir avant
sans reconnaître qu'il contient un aliment

Chartrand le l'intransigeant
devant l'inculte
le pousse-crayon
le rebrousse citoyen
le lousse-respect
le mousaillon qui se prend pour un capitaine

Chartrand le portraitiste
juste et éloquent
du petit grand monde fin
du monsieur et de la madame qui planche chaque instant pour respirer mieux
du geste noble de puncher sa carte avec fierté et dignité

Chartrand l'amant épris
de la claque dans le dos
du rire bruyant
avenant et sans scrupule
de la main étendu à la main tendu raide
du petit pas assuré et désinvolte

Chartrand la poésie qui arrime même sans rimes
Chartrand l'indomptable,
l'increvable
l'inéventable
l'inéventrable

Chartrand
la compassion
Chartrand la fratrie, la paternité, la maternité
la communauté
le chemin de traverse pour se lever et crier

Chartrand
lui qui avait tout compris
qui lisait et qui actualisait
qui priait et qui bougeait
qui dénonçait et qui énonçait

Chartrand qui était grand
parce qu'il était homme et femme et enfants et nous toutes et tous
Qui nous mettait sur ses épaules
sans que l'on se sentent
portés
qui ne prenait la parole que pour nous la donner

Chartrand qui nous aimaient
profondément
même s'il nous trouvait top frileux, trop poltrons

Chartrand que nous n'avons jamais assez écouté
comme tous
les vrais étendards de vérité choquante de la terre

Chartrand,
Michel !

Merci d'avoir existé..

MICHEL CHARTRAND
(Outremont le 20 décembre 1916 - 12 avril 2010 )


4 commentaires:

D a dit…

M-A, tu m'as émue, encore, le verbe si juste, la verve si agile. Le mot émouvant, le mouvement dans la langue, l'émotion, toujours, tellement à fleur de peau que l'on sent le sang palpiter de vie et de cris à sa surface. Je t'aime pour ta prose qui est si pleine de poésie. Quand tu écris sur Chartrand comme tu viens de le faire, tu me transportes...

E a dit…

J'ai été plus qu'impressionnée par la justesse du propos pour Chartrand, très émue de ce que tu en dis, de ta réflexion sur l'homme. Je suis sans mots et c'est pourquoi j'ai fait suivre à de nombreux contacts ...en hommage à Chartrand qu'on adore mais aussi en hommage à l'ode et à son auteur!!

Bravo et merci


E.

ps pas surprise non plus que tu aies également ému le "pupitre" du Devoir

M a dit…

E. m'a fait suivre.
Ému, j'ai posté le lien sur facebook. Texte magistral. (Et superbe photo en haut du texte)

debrauwermonique a dit…

Que te dire de plus que ce qui est écrit. Juste t'encourager dans cette voie et te remercier de ton amitié et de ce que tu offres...
Mdebelgique